Calais, un an après le démantèlement

UNICEF Image jeune réfugié calais

 

 

Des mineurs non accompagnés
toujours plus vulnérables

 

Un an après la démolition de la « Jungle » de Calais, les conditions de vies de centaines de mineurs non accompagnés (MNA) dans le Pas-de-Calais restent catastrophiques.

La situation dans ce département est révélatrice de la façon dont ces adolescents sont  accueillis et pris en charge en France : alors que le Premier ministre vient d’annoncer que la mise à l’abri d’urgence et l’évaluation des MNA seront assumées par l’Etat à partir de 2018, l’UNICEF France rappelle que ce sont avant tout des enfants en danger, et que ce transfert de compétences ne doit pas entraîner de discriminations entre enfants français et enfants étrangers.

 

Dans le Pas-de-Calais, les conditions de vie ont empiré en un an pour des centaines d’enfants, qui trop souvent n’ont pas accès à un abri sûr, ni même à l’eau potable et sont soumis à l’exploitation, comme l’a récemment rappelé la Commission des droits de l’Homme des Nations unies [1]. Depuis le démantèlement du camp, environ 1 000 personnes, dont une centaine de MNA, sont en situation d’errance chaque jour à Calais et ses alentours, notamment dans les ports des environs. Le système de protection de l’enfance est totalement saturé dans le département : au 15 octobre 2017, France Terre d’Asile avait déjà accueilli 1 887 MNA depuis le début de l’année, contre 1 422 sur l’année 2016. Aucune route légale et sûre n’étant proposée pour rejoindre le Royaume-Uni, ces enfants prennent des risques insensés pour tenter d’y rejoindre leur famille.

 

Alors qu’Edouard Philippe a annoncé le 20 octobre que la mise à l’abri et l’évaluation des MNA ne seraient plus de la responsabilité des départements mais de l’Etat, l’UNICEF France s’inquiète de la mise en œuvre de cette décision. En effet, le risque est de créer un système de mise à l’abri à deux vitesses, basé sur le seul critère de la nationalité, et où les MNA se verraient proposer une mise à l’abri au rabais.

 

 

« L’expérience des CAOMI, ces centres d’hébergement d’urgence mis en place par l’Etat après le démantèlement de Calais, avait déjà soulevé de nombreuses questions », rappelle Sébastien Lyon, directeur de l’UNICEF France. « Si la mise en place des CAOMI a permis de mettre à l’abri de nombreux enfants, certains centres n’avaient aucun éducateur ni traducteur, et sur les 2 000 enfants pris en charge, plus de 700 ont fugué. Si les moyens notamment financiers ne sont pas suffisants et si les modalités de mise en œuvre ne garantissent pas la stricte non-discrimination entre enfants français et enfants étrangers, cette décision peut créer une situation encore plus difficile pour les MNA ».

 

Dans le Pas-de-Calais, il est urgent de désengorger l’hébergement d’urgence en trouvant des places dans le système de protection de l’enfance. Les gouvernements anglais et français doivent également assurer un passage légal vers le Royaume-Uni aux enfants y ayant de la famille. Cela leur éviterait de devoir vivre dans des conditions indignes, de dormir dehors et de prendre des risques démesurés pour rejoindre le Royaume-Uni.

 

La protection de ces enfants doit être la priorité, et la France et le Royaume-Uni doivent améliorer drastiquement leur collaboration à ces fins. Les deux pays doivent fournir, de manière coordonnée, une information claire aux enfants sur le système français de protection de l’enfance et sur le processus leur permettant de rejoindre leur famille dès qu’ils arrivent en France. De plus, le nombre d’administrateurs ad-hoc doit être augmenté pour soutenir ces enfants dans leurs procédures d’asile et de réunification familiale. Enfin, la présence d’équipes mobiles pour identifier les MNA dans les camps informels doit être amplifiée et renforcée.

 

En l’absence d’action immédiate, ces enfants risquent de s’éloigner encore plus de solutions sûres et durables, et d’être toujours plus vulnérables.